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Sels d’aluminium : quels risques sur la santé ?

L’utilisation de l’aluminium dans de nombreux produits d’usage quotidien soulève...

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Mercredi, 05 Janvier 2011 09:40   

L’utilisation d’anti-transpirants ne constitue pas un risque de cancer du sein

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La rumeur sur les risques d’utilisation de déodorant anti-transpirant et le cancer du sein

Naissance et amplification de la rumeur (1)

La rumeur selon laquelle l’utilisation des anti-transpirants serait un facteur de risque du cancer du sein est née sur Internet en 2003 de la diffusion d’un simple courriel signé par Gabriela Casanova Larrosa, professeur au Département de Biologie Cellulaire de la Faculté de Sciences de la République Orientale d'Uruguay.
Cette rumeur s’est ensuite répandue et amplifiée dans les médias. Bien que le Pr Larrosa ait, en personne, démenti être à l’origine de l’information initiale, plusieurs études publiées dans des revues scientifiques sont venues alimenter ce bruit.

Démenti officiel (2-5)

Face au développement de la rumeur, la FDA aux États-Unis et l’AFSSAPS en France se sont emparés de la question et ont réévalué la pertinence de ce risque. Leurs conclusions sont unanimes : ils confirment que les sels d’aluminium peuvent être utilisés sans risque dans les anti-transpirants.

Preuves à l’encontre de la rumeur (6)

Afin de comprendre les fondements scientifiques d’une telle rumeur, un Groupe d’experts français a analysé l’ensemble de la littérature scientifique disponible à ce sujet et a publié dans le Bulletin du Cancer les conclusions de ses recherches. Parmi les articles étudiés, la majorité est peu rigoureuse sur le plan méthodologique et n’apporte pas de réponses aux questions posées.

Une seule étude publiée par le Journal of the National Cancer Institute en 2002(6) a analysé une population de plus de 1 600 femmes (813 femmes atteintes de cancer du sein et 793 témoins indemnes) dans laquelle 90 % des sujets utilisaient des déodorants.

Cette étude, menée avec rigueur sur le plan méthodologique, confirme l’absence d’un lien entre l’utilisation d’anti-transpirants et le cancer du sein.

Ces conclusions rejoignent celles des Autorités de Santé française et américaine. L’analyse approfondie de l’ensemble des données disponibles n’a pas permis d’identifier un caractère nocif des sels d’aluminium. Ainsi, l’utilisation d’anti-transpirants ne constitue pas un risque de cancer du sein.

Persistance de la rumeur et conséquences

Des années plus tard, et malgré ce consensus, la rumeur court toujours et contribue à détourner l’attention du public des mesures de prévention à adopter face aux facteurs de risque avérés du cancer du sein, tels que les antécédents familiaux, une prédisposition génétique ou encore l’âge de la première grossesse.

Enjeux véritables (7,8)

En raison de la prévalence élevée du cancer du sein en France, il apparaît donc essentiel de lutter contre cette pathologie, en sensibilisant les femmes à l’importance de la prévention et l’intérêt du dépistage, et en relayant les campagnes d’information mises en place par les autorités, les institutions et les associations de patients, plutôt que de les alarmer avec des hypothèses non fondées.
Mieux connaître les rumeurs qui circulent sur internet :
Afin de mieux identifier et démasquer les rumeurs qui circulent sur Internet, quelques sites de référence :
- Hoaxbuster : site listant les rumeurs circulant par mail (français) qui a consacré deux articles sur son site concernant les anti-transpirants et le cancer du sein
- HoaxKiller.fr est un moteur de recherche de canulars et autres légendes urbaines (français)
- Snopes.com répertorie également les rumeurs circulant sur Internet (anglais)

Vidéo :

Interview de M. Oliviero, Maître de Conférences en Psychologie, sur l'approche sociologique des rumeurs.




Références :
(1) Namer M, Luporsi E, Gligorov J et al. L’utilisation de déodorants/anti-transpirants ne constitue pas un risque de cancer du sein. Bull Cancer 2008 ;95(9) :871-80.
(2) Commission de cosmétologie de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) - Bulletin Vigilances n°30, décembre 2005 http://afssaps.sante.fr/htm/5/indbvigi.htm
(3) Afssa, Afssaps, Institut de Veille Sanitaire. Evaluation des risques sanitaires liés à l’exposition de la population française à l’aluminium. Eau, aliments, produits de santé. Novembre 2003 : 1-192.
(4) Afssaps. Evaluation du risque lié à l’utilisation des aluminiums dans les produits cosmétiques. Bulletin Vigilance 2006 ; 31 : 3
(5) Food and Drug Administration – 20 mars 2006
http://www.cfsan.fda.gov/~dms/cos-para.html
(6) Mirick DK, Davis S, Thomas DB. Antiperspirant Use and the Risk of Breast Cancer. J Natl Cancer Inst. 2002 Oct 16; 94(20):1578-80.
(7) INCa. Comprendre le cancer du sein. Guide d’information et de dialogue à l’usage des personnes malades et de leurs proches. Janvier 2007.http://www.e-cancer.fr/les-cancers/cancers-du-sein, accédée le 12/11/2010.
(8) INCa, Ministère de la Santé et des Sports. Dossier de Presse. Dépistage Organisé du cancer du sein, Octobre rose 2010.


L’avis d’experts scientifiques sur cette question

Afin d’apporter un rationnel scientifique à ce débat sur le lien entre l’utilisation d’anti-transpirants et le cancer du sein, un groupe d’experts indépendants en cancérologie, de renommée nationale et internationale, a analysé l’ensemble de la littérature scientifique traitant de l’hypothèse d’un lien possible entre anti-transpirants et cancer du sein (1).

Composition du groupe d’experts (1)

Président : Pr Moïse Namer (oncologue, président de APREMAS et président de la « Commission Patients » du centre Antoine-Lacassagne, Nice, France)
Membres :
– Dr Elisabeth Luporsi (oncologue, responsable de l’unité de recherche clinique et de biostatistiques du centre Alexis-Vautrin, Nancy, France)
– Dr Joseph Gligorov (oncologue, université Paris-VI, AP–HP, Tenon, Paris, France)
– Dr François Lokiec (pharmacologue, chef du service de pharmacologie du centre René-Huguenin, Saint-Cloud, France)
– Dr Marc Spielmann (oncologue, institut Gustave-Roussy, Villejuif, France)

Vidéo :

Les experts en santé expliquent leur motivation à participer à un groupe de travail sur l'analyse du lien entre cancer du sein et anti-transpirants.



Les conclusions du groupe d’experts (1-5)

Après avoir analysé la littérature disponible sur le sujet, ce groupe d’experts a conclu qu’aucune preuve scientifique tangible et vérifiable en faveur d’une hypothèse de lien entre cancer du sein et anti-transpirants n’a pu être identifiée.
Les travaux du groupe ont conduit à l’élimination d’études hors sujet, dont la méthodologie était peu rigoureuse, ou qui portaient sur les parabens — substances qui n’entrent généralement pas dans la composition des déodorants/anti-transpirants. Le groupe d’experts a ainsi conclu qu’il n’existe aucune hypothèse validée susceptible d’ouvrir sur des voies de recherche intéressantes.

Ces conclusions, publiées dans le la revue scientifique Bulletin du Cancer le 30 septembre 2008, confirment ainsi celles déjà émises par la communauté scientifique internationale et les autorités de santé française (AFSSAPS) et américaine (FDA).

Références :
(1) Namer M, Luporsi E, Gligorov J et al. L’utilisation de déodorants/anti-transpirants ne constitue pas un risque de cancer du sein. Bull Cancer 2008 ;95(9) :871-80.
(2) Commission de cosmétologie de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) - Bulletin Vigilances n°30, décembre 2005 http://afssaps.sante.fr/htm/5/indbvigi.htm
(3) Afssa, Afssaps, Institut de Veille Sanitaire. Evaluation des risques sanitaires liés à l’exposition de la population française à l’aluminium. Eau, aliments, produits de santé. Novembre 2003 : 1-192.
(4) Afssaps. Evaluation du risque lié à l’utilisation des aluminiums dans les produits cosmétiques. Bulletin Vigilance 2006 ; 31 : 3
(5) Food and Drug Administration – 20 mars 2006
http://www.cfsan.fda.gov/~dms/cos-para.html

Vidéos :

Les experts en santé présentent la méthodologie appliquée lors de l'étude de la bibliographie concernant l'analyse du lien entre le cancer du sein et les anti-transpirants.

Voici les conclusions que les experts médicaux ont tirées suite aux recherches sur l'analyse du lien entre anti-transpirants et cancer du sein.






Les publications scientifiques

- « Antitranspirant use and the risk of breast cancer » dans Journal of the National Cancer Institute (2002) (1)

L’analyse de la littérature par le groupe d’expert, selon une méthodologie scientifique et rigoureuse, a révélé que la seule étude menée avec rigueur sur le plan méthodologique infirme tout lien entre utilisation d’anti-transpirants et cancer du sein.

Objectif : étudier la relation possible entre l’utilisation des déodorants ou anti-transpirants appliqués sous les bras et le risque de cancer du sein chez des femmes âgées de 20 à 74 ans.

Hypothèse : l’absorption de certains composants des anti-transpirants ou déodorants pourrait être facilitée par les microtraumatismes cutanés secondaires au rasage axillaire.

Méthodologie : étude cas contrôle incluant 1 606 femmes et comparant 2 groupes de femmes (813 cas de cancers du sein / 793 témoins)

Résultats :
tsld-lutilisation danti-transpirants

Conclusion : aucune des habitudes étudiées (usage régulier d’anti-transpirant ou de déodorant, utilisation de ces produits associée au rasage des aisselles avec un rasoir à lame, application de ces produits dans l’heure suivant le rasage) n’a eu d’influence sur le risque de cancer du sein (tableau 1).

Référence :
(1) Mirick D, Davis S and Thomas D. Antitranspirant use and the risk of breast cancer. Journal of the National Cancer Institute 2002;94(20):1578-80

- « L’utilisation de déodorants/antitranspirants ne constitue pas un risque de cancer du sein » dans le Bulletin du cancer (2008) (1)

Constat : une incidence élevée de cancer du sein dans le quadrant supéro-externe, localisation proche de la surface habituelle d’application des déodorants et/ou anti-transpirants.

Hypothèse : un lien possible entre anti-transpirants et cancer du sein. La responsabilité éventuelle des parabens et des sels d’aluminium, composants traditionnels de nombreux produits cosmétiques, a été évoquée.

Méthodologie : un Groupe de Réflexion en cancérologie, constitué d’experts de renommées nationale et internationale (Pr M. Namer, Dr E. Luporsi, Dr J. Gligorov, Dr F. Lokiec et le Dr M. Spielmann.), a entrepris en 2008 d’analyser les fondements scientifiques de cette rumeur. Ils ont ainsi réalisé une revue de la littérature scientifique en rapport avec le problème posé, selon une méthodologie reconnue et utilisée lors de l’élaboration des référentiels nationaux dans le cancer du sein, dans le but de répondre aux trois questions suivantes :

1) Existe-t-il des arguments biologiques ou expérimentaux pour un éventuel rapport entre utilisation de déodorants/anti-transpirants et cancer du sein ?
2) L’utilisation des déodorants/anti-transpirants a-t-elle une incidence sur l’augmentation du risque de cancer du sein ?
3) Un lien de causalité entre utilisation de déodorants/anti-transpirants et cancer du sein peut-il être retenu ?
Les données scientifiques ont été recherchées de façon systématique dans la base Pubmed à l’aide d’équations de recherche standardisées. Cinquante-neuf études issues de la recherche bibliographique ont été passées en revue et 19 articles de méthodologies diverses ont été retenus pour analyse approfondie.

Analyse bibliographique : parmi les 19 articles retenus, beaucoup sont peu rigoureux sur le plan méthodologique, n’apportent pas de réponse aux questions posées ou traitent de la question des parabènes généralement absents des déodorants/anti-transpirants et ont été éliminés par le groupe de réflexion.

Conclusion : il n’existe aucune preuve scientifique en faveur de l’hypothèse d’un lien possible entre anti-transpirants et cancer du sein.

Référence :
(1) Namer M, Luporsi E, Gligorov J et al. L’utilisation de déodorants/anti-transpirants ne constitue pas un risque de cancer du sein. Bull Cancer 2008 ;95(9) :871-80.

- “L’aluminium des deodorants est-il dangereux pour ma santé ?” dans Les Nouvelles dermatologiques (avril 2010) (1)

Objectif : une synthèse des arguments et contre-arguments disponibles pour répondre à la question “L’aluminium est-il dangereux pour ma santé ?”

Conclusion : une ultime analyse effectuée par un groupe d’oncologues français permet des conclusions rassurantes. Il n’existe pas d’argument pour suspecter un rôle des sels d’aluminium dans le déclenchement des cancers mammaires.

Référence :
(1) Le Coz C. L’aluminium des deodorants est-il dangereux pour ma santé ? Les Nouvelles Dermatologiques 2010; 29 (Suppl 1) : 13